Brève histoire de La République des Lettres

Brève histoire de La République des Lettres

Dans l'histoire des idées et de la littérature la notion de "République des Lettres" représente à la fois un espace intellectuel, qui réunit une communauté d'hommes de lettres autour de valeurs communes humanistes, et un réseau de correspondances constitué en Europe dès la Renaissance. On peut en situer l'origine au XIVe siècle avec la création du Collège de Navarre et les échanges épistolaires entre les clercs des chancelleries française et italienne.

Un peu plus tard, vient le temps des échanges intellectuels entre théologiens, rhétoriciens, latinistes, diplomates et juristes érudits: Jean de Gerson, Jean de Montreuil, Jacques Amyot, Alain Chartier, Guillaume Budé, etc.

Au début du XVIe siècle, apparaissent les premières sodalitates litterariae, composées d'étudiants de toute l'Europe fréquentant les universités italiennes. Le théologien néerlandais Érasme (1468-1536), auteur à lui seul d'une correspondance de plusieurs milliers de lettres avec plus de 600 érudits, est en quelque sorte le fondateur de la première République des Lettres.

Le XVIIe siècle voit l'abandon du latin comme langue d'échange. C'est une période de transition où se perpétue encore le commerce épistolier mais l'audience s'élargit peu à peu et une nouvelle notion, celle de "Public", vient progressivement s'accoler à celle de Respublica literaria.

Plus tard, dans une Europe des Lumières où la circulation des savoirs et les échanges intellectuels de toute nature s'intensifient encore, on assiste à l'épanouissement d'une seconde République des Lettres. Réflexions philosophiques et politiques, récits de voyages, nouveaux genres littéraires, découvertes scientifiques, et plus généralement toutes sortes de nouvelles connaissances dans le monde des arts, des lettres, de la politique, des idées et des sciences sont imprimées et diffusées auprès d'un public qui n'est plus seulement aristocratique et érudit. Le philosophe protestant français Pierre Bayle (1647-1706), auteur du monumental Dictionnaire historique et critique, publie à partir de 1684 un périodique composé de comptes rendus de livres intitulé Les Nouvelles de la République des Lettres.

Au XVIIIe siècle, parallèlement au développement des Salons et des cafés à la mode, on assiste à l'apparition de nombreuses feuilles littéraires et savantes à caractère encyclopédique et universaliste. C'est la naissance de l'information politique et culturelle et plus largement de la Presse moderne. En 1767 Voltaire observe dans une lettre au prince Galitzine "Qu'il se forme en Europe une République immense d'esprits cultivés". Le terme "République des Lettres" est désormais associé aux idéaux politiques des Lumières. L'intellectuel accède à un statut et commence à jouer un rôle majeur dans l'opinion publique. Selon une définition de Hans Bots et Françoise Waquet (auteurs d'un essai sur le sujet), la République des Lettres passe alors de "l'Âge d'or", dans laquelle les érudits exerçaient une activité purement spéculative et théorique, à "l'Histoire", où l'intellectuel s'engage politiquement.

Au XIXe siècle et au tout début du XXe siècle, jusqu'à l'avènement de l'édition industrielle et des mass-media, certains milieux littéraires et universitaires perpétuent encore la tradition du débat spéculatif entre érudits mais le terme de "République des Lettres" perd progressivement sa dimension universaliste. Plusieurs journaux prennent successivement le titre de République des Lettres, auxquels collaborent de grands écrivains qui y publient articles politico-littéraires ou roman-feuilletons.

Aujourd'hui, l'esprit et la sociabilité d'origine ont été remplacés par de nouvelles formes de communication médiatique mais la notion de "République des Lettres" désigne toujours communément le monde des Livres, des Lettres, de la Culture et de la Politique.

La République des Lettres est aujourd'hui un journal de débat, de critique et d'information culturelle et politique. Elle est animée par un esprit d'engagement et d'ouverture intellectuelle et humaniste. Politiquement elle défend des idées et des valeurs libertaires et progressistes de gauche (justice sociale, démocratie, antiracisme, altermondialisme,...). Le journal actuel a été fondé en mars 1994 à Paris par l'éditeur Noël Blandin. L'édition mensuelle sur papier -- aujourd'hui abandonnée -- était tirée à 20.000 exemplaires et diffusée en kiosques jusqu'en 1998. Le site web, ouvert dès juin 1996, compte 7.000 articles archivés. Plus de 300 auteurs du monde entier collaborent régulièrement à la rédaction. Depuis 2012, le journal est accompagné d'une collection de livres numériques.