Léon Bloy

Léon Bloy
Léon Bloy

Écrivain français, Léon Bloy est né à Périgueux le 31 juillet 1846.

Fils d'un fonctionnaire des Ponts-et-Chaussées, second d'une nombreuse famille, Léon Bloy fait de brèves études. À quatorze ans, il quitte le collège pour étudier le dessin et, dès 1864, il travaille à Paris où il est commis d'architecte.

La rencontre de Jules Barbey d'Aurevilly, en 1867, détermine sa conversion, ou plutôt son retour au catholicisme et le confirme dans ses ambitions littéraires. Mais la guerre le ramène à Périgueux et, démobilisé (il a combattu dans l'armée de la Loire), il décide d'y demeurer.

En 1873, il revient à Paris et occupe divers emplois: copiste chez un notaire, commis à l'enregistrement, dessinateur aux Chemins de fer du Nord, tandis qu'il fait ses premières et difficiles tentatives littéraires. L'Univers, journal de Louis Veuillot, La Restauration, la Revue du monde catholique, acceptent mal son intransigeance religieuse et sa violence. Il ne peut publier ni La Méduse-Astruc, poème en prose inspiré par un buste de Barbey d'Aurevilly, ni La Chevalière de la Mort, étude poétique et mystique sur Marie-Antoinette.

Il lui faut attendre 1882 pour trouver dans un petit journal, Le Chat noir, la liberté d'écrire. Les quelques années qui précèdent sont pour lui des années fort importantes, marquées par la rencontre avec Anne-Marie Roulé (on renverra ici à son roman Le Désespéré: le drame vécu par Caïn Marchenoir et Véronique fait mieux saisir que tout récit cette aventure où le mysticisme l'emporte peu a peu sur la sensualité), par la mort de son père en mai 1877, par celle de sa mère en septembre, par les séjours à la Grande Trappe de Soligny, où il fait de vains essais de vie monastique, par les pèlerinages à La Salette où l'entraîne l'abbé Tardif de Moidrey. Léon Bloy dira plus tard de ce prêtre qu'il "tenait de lui le meilleur de ce qu'il possédait intellectuellement", l'idée même de ce "symbolisme universel" qu'il appliquera à l'histoire, aux événements contemporains et à sa propre vie. Dès cette époque, il écrit Le Symbolisme de l'apparition, qui ne sera publié qu'en 1925.

En juin 1882, Anne-Marie Roulé, devenue folle, doit être internée. "Je suis entré dans la vie littéraire à trente-huit ans, après une jeunesse effrayante et à la suite d'une catastrophe indicible qui m'avait précipité d'une existence purement contemplative", dira plus tard Léon Bloy.

C'est en 1884, en effet, qu'il publie ses deux premiers livres, Le Révélateur du globe, étude sur Christophe Colomb qui, malgré l'élogieuse préface de Barbey d'Aurevilly, passe à peu près inaperçu, et les Propos d'un entrepreneur de démolitions, recueil des articles donnés depuis la fin de 1882 au Chat noir. Ce second ouvrage provoque par la violence de ses attaques quelque scandale. Il en est de même au Figaro où Bloy, accueilli avec éclat, se voit très vite refuser ses articles. Il crée alors son propre journal, Le Pal, dont la publication sera interrompue après quatre numéros.

Commencé à cette époque — il parut en 1887 — Le Désespéré donne, à travers la transposition romanesque, l'image la plus juste de la vie de Bloy jusqu'à cette date. Ce mode d'expression, à demi autobiographique, lui convient bien et il envisage alors d'écrire un second roman, La Désespérée, dont l'héroïne en serait Berthe Dumont, rencontrée en 1884 et décédée en 1885.

Mais, pour vivre, il revient au journalisme, publie dans le Gil Blas, en 1888 et 1889, des articles repris plus tard dans Belluaires et Porchers, collabore ensuite à La Plume. En avril 1889 meurt Barbey d'Aurevilly, en août Villiers de l'Isle-Adam, avec qui il est fort lié depuis quelques années. À la fin de cette même année, il rencontre Jeanne Molbech, fille d'un poète danois, qu'il épouse l'année suivante.

Déçu par ses échecs, il quitte la France en février 1891 pour le Danemark où il donnera des conférences. C'est à Copenhague que naît, en avril, sa fille Véronique. Ce séjour est aussi le moment de la rupture avec Joris-Karl Huysmans dont le prétexte est l'attitude inamicale de ce dernier, et la vraie raison la publication de Là-Bas où Bloy retrouve ses idées et sa personne caricaturées.

Il revient en septembre 1891 au moment du procès que Joséphin Péladan lui intente pour un article. Quelques mois plus tard, les derniers amis connus auprès de Barbey d'Aurevilly: Buet, Landry, Louise, Read… le "lâchent" à leur tour.

En 1892, paraît Le Salut par les Juifs, l'un de ses ouvrages auquel il attache le plus d'importance. Écrit pour répliquer à l'antisémitisme d'Édouard Drumont, il est au centre de la pensée et des rêves de Bloy qui ordonne l'histoire du monde autour d'Israël.

La même année, il rentre au Gil Blas auquel il donne des récits inspirés par la guerre de 1870, repris en 1893 dans Sueur de sang et une série de nouvelles, Histoires désobligeantes (1894). Une polémique où il défend Laurent Tailhade met fin à cette collaboration. Léon Bloy devant les cochons (1894) raconte les détails de cette affaire.

Il revient alors au projet ancien de roman, mais l'année 1895 lui est particulièrement douloureuse. En janvier, son fils André, né en février 1894, meurt subitement. Pierre qui naît en septembre, meurt lui aussi quelques semaines plus tard. Bloy évoque ces événements dans La Femme pauvre où, comme dans Le Désespéré, est reprise, transposée, sa propre vie. La rédaction de ce récit sera achevée en mars 1897. En mars également naît sa fille Madeleine.

Depuis 1892, il tient régulièrement, sans intention littéraire, son journal. En 1895, il a l'idée d'y puiser la matière d'un livre. Cette relecture fait naître le projet d'une publication pour laquelle il reprend le texte, l'allégeant, le récrivant parfois. Le Mendiant ingrat (1892-1895) est publié en 1898. Sept autres volumes suivront.

Ni La Femme pauvre ni Le Mendiant ingrat n'obtenant le succès espéré, Bloy décide de quitter à nouveau la France pour le Danemark. Il y passe dix-huit mois avec sa famille. En lisant Fécondité d'Émile Zola que L'Aurore publie en feuilleton, il prend les notes d'où il tire Je m'accuse…, pamphlet où la critique de Zola se mêle à des réflexions sur la politique française et l'affaire Dreyfus. Il écrit aussi au Danemark Le Fils de Louis XVI.

De retour en France en 1900, il publie ces deux ouvrages et travaille à l'Exégèse des lieux communs qui paraît en 1902. Il poursuit cet inventaire dans une "deuxième série" (1912), "livre terrible sous son apparente cocasserie", où sont analysées une à une ces expressions toutes faites par quoi se traduit la "sottise bourgeoise".

La polémique se poursuit à nouveau, plus directe, dans Les Dernières Colonnes de l'Eglise, études sur les écrivains catholiques admis: François Coppée, Ferdinand Brunetière, Paul Bourget, Joris-Karl Huysmans… En 1904, paraît Mon Journal (1896-1900), en 1905, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, récit des quatre années passées à Lagny après le retour du Danemark, et Belluaires et Porchers, recueil d'articles parfois anciens (certains datent de 1888).

Désormais la vie de Léon Bloy se confond avec son œuvre. Du moins peut-on se contenter d'une énumération de titres, d'une énumération aussi des amis, de plus en plus nombreux qui l'entourent à cette époque: Jacques et Raïssa Maritain, Pierre Van der Meer, Georges Rouault, Ricardo Vinès, Georges Auric… pour ne citer que quelques-uns parmi les plus connus. Plusieurs ont été convertis par Bloy.

À Montmartre, de 1904 à 1911, puis à Bourg-la-Reine, il écrit L'Épopée byzantine (reprise plus tard sous le titre de Constantinople et Byzance), rêverie historique à propos d'un ouvrage de Gustave Schlumberger; Celle qui pleure (1908), consacrée à l'apparition de la Vierge aux bergers de La Salette; L'Invendable (1909), journal des années 1904-1907; Le Sang du pauvre (1909) qui est, avec Le Salut par les Juifs, un des livres où se condense sa pensée. Le Vieux de la montagne, cinquième volume du journal, paraît en 1911; en 1912, L'Âme de Napoléon, et la deuxième série de l'Exégèse des lieux communs; en 1914, Le pèlerin de l'absolu. Il regrette de n'avoir pas donné ce titre à l'ensemble de son journal.

La guerre marque profondément les deux derniers volumes du journal, Au seuil de l'apocalypse (1916) et La Porte des humbles, publiée après sa mort. Plus encore Jeanne d'Arc et l'Allemagne (1915), les Méditations d'un solitaire en 1916, et le livre auquel il travaille encore au moment de sa mort, Dans les ténèbres.

Léon Bloy meurt à Bourg-la-Reine le 3 novembre 1917, à l'âge de 71 ans.

De son œuvre, les polémiques surtout ont frappé — et irrité — les contemporains. Elles expliquent en grande partie l'insuccès sur l'instant, cette "conspiration du silence" dont se plaignait Bloy. Avec le recul, elles ne gardent que leur vigueur et souvent leur saveur, et s'intègrent dans l'ensemble de l'œuvre. La violence, plus que colère à l'égard de ceux qu'il juge, est pour Bloy un mouvement naturel, une manière d'aborder le réel, un élan que l'on retrouve par ailleurs et qui donne à son style son éclat et sa force. L'unité de son œuvre est religieuse. Il faut la chercher dans la quête de l'absolu, dans la dénonciation des apparences, que l'œuvre romanesque ou historique rend plus sensibles encore que les "méditations" des dernières années. Dans l'histoire de Napoléon ou de Louis XVII, comme à travers ses personnages romanesques ou, dans son journal, à travers les événements de sa propre vie, il cherche à saisir le sens d'un destin. Tout à ses yeux est symbole, ce qui est une affirmation de mystique, mais aussi de poète. Il sait bien que les sujets — romanesques ou historiques —, que les œuvres des autres, ne sont que prétextes à retrouver les grands thèmes et les figures qui le hantent. Il le reconnaît: "le fils de Louis XVI, c'est moi-même, c'est-à-dire […] que je l'ai vu en moi, dans la grande glace noire qui est au fond de mon cœur." Cette image lui est familière: la réalité (l'histoire, le monde, soi-même…) est un "grand miroir aux énigmes" que l'écrivain a mission d'interroger.

 

À propos      
Copyright © Jacques Petit / La République des Lettres, Paris, mardi 2 juin 2020.