Lucien Febvre

Biographie

Historien et professeur français, cofondateur de l’école des Annales, Lucien Febvre est né le 22 juillet 1878 à Nancy.

Après sa scolarité au lycée de Nancy, il prépare le concours de l’École normale supérieure à Paris, au lycée Louis-le-Grand, avant d’y entrer en 1899. Agrégé d’histoire en 1902, il entame une carrière d’enseignant. En 1911, à trente-trois ans, il soutient une thèse sur Philippe II et la Franche-Comté, dans laquelle il met en relation les réalités politiques, économiques et sociales avec les représentations mentales. Cet ouvrage demeure l’un des jalons majeurs du renouvellement de l’historiographie française.

Lucien Febvre enseigne ensuite à la faculté des lettres de Dijon, puis, après la Première Guerre mondiale, à celle de Strasbourg, où il rencontre Marc Bloch. Ensemble, ils fondent en 1929 la revue Annales d’histoire économique et sociale, qui contribuera à transformer profondément la recherche historique.

Dès lors, son enseignement comme son œuvre s’inscrivent dans une critique de l’histoire traditionnelle, dite «historicisante», trop souvent réduite aux événements politiques et aux faits isolés. Il défend au contraire une conception plus globale de l’histoire, attentive aux structures économiques, aux rapports sociaux et aux mentalités. Convaincu que les faits historiques ne peuvent être compris indépendamment de leur contexte, il cherche à intégrer à ses recherches les connaissances et les méthodes empruntées aux autres sciences humaines. Ses travaux témoignent de cette démarche: la géographie avec La Terre et l’évolution humaine. Introduction géographique à l’histoire (1922); l’histoire religieuse et les sensibilités de la Renaissance avec Un destin: Martin Luther (1928) et Le Problème de l’incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais (1942); les rapports entre religion, littérature et représentations collectives avec Amour sacré, amour profane. Autour de l’Heptaméron (1944). Le XVIe siècle constitue pour lui un terrain d’étude privilégié, permettant de montrer combien le cours de l’histoire est lié aux croyances, aux techniques, aux pratiques culturelles et aux transformations sociales. Il ouvre ainsi la discipline aux apports de la sociologie, de l’ethnographie, de la linguistique et de l’ensemble des sciences humaines.

De 1933 à 1949, il occupe la chaire d’histoire de la civilisation moderne au Collège de France. En 1947, il participe à la fondation de la VIe section de l’École pratique des hautes études (EPHE), consacrée aux sciences économiques et sociales, dont il prend la présidence en 1948. Cette section deviendra, en 1975, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Deux ouvrages illustrent particulièrement ses ambitions intellectuelles : L’Apparition du livre (1958), conçu avec Henri-Jean Martin et publié à titre posthume, qui explore l’histoire du livre dans ses dimensions économiques, sociales et culturelles, et Combats pour l’histoire (1953), recueil de textes dans lequel il expose sa conception du métier d’historien. À travers ses recherches, Lucien Febvre entend dépasser l’histoire des grands hommes et des événements pour restituer toute la richesse de l’expérience humaine. Son activité et son prestige lui permettent également de jouer un rôle important dans les institutions scientifiques françaises. Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1949, il participe, après la Seconde Guerre mondiale, aux travaux du CNRS et préside le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Il dirige également les Cahiers d’histoire de la Guerre.

Lucien Febvre est mort le 25 septembre 1956 à Saint-Amour (Jura), à l’âge de 78 ans.

Joël Schmidt,
(sans date)

Copyright © La République des Lettres, Paris, jeudi 5 novembre 2026
républiquedeslettres.fr/febvre.php


Catalogue • Nouveautés • Auteurs • Titres • Thèmes • Contact & Mentions légales • Droits réservés © La République des Lettres, Paris, jeudi 5 novembre 2026