Paul-Jean Toulet

Biographie

Paul-Jean Toulet
Paul-Jean Toulet

Écrivain français, Paul-Jean Toulet est né dans la maison Lapleine (16, rue d'Orléans) à Pau le 5 juin 1867.

Il est le fils de Bernard-Gaston Toulet, planteur propriétaire à l'île Maurice et d'une femme créole, Marie-Emma Loustau-Lalanne, épousée en 1864. Ses parents rentrent en France pour sa naissance mais Marie-Emma meurt deux semaines plus tard des suites de son accouchement. Il a une sœur, Jane, née en 1866.

Son père étant reparti pour l'île Maurice, Paul-Jean est confié aux soins de son grand-père, Pierre Toulet, et de l'un de ses oncles, Jacques Terlé, qui habitaient tous les deux la villa Mauricia à Bilhères, non loin de Pau. Onze années plus tard, son père épouse en secondes noces la nièce de sa mère, Rosette Loustau-Lalanne, qui lui donnera sept fils.

Il commence sa scolarité chez les Dominicains. En 1879, il entre en cinquième au lycée de Pau, où il est pensionnaire. En 1882, il est renvoyé pour indiscipline et entre en troisième au lycée de Bayonne. Il demeure alors chez le commandant Dahadre, un autre de ses oncles paternels. Également renvoyé de cet établissement dès janvier 1880, il intègre l'Institut Charlemagne de Bayonne où il obtient en 1883 la première partie du baccalauréat ès lettres. Il poursuit ses études à l'Institution Courdurier de Bordeaux et au lycée de Saintes dans les Charentes, logeant chez son oncle Terlé. En juillet 1885, il obtient la deuxième partie de son baccalauréat.

Sous les initiales «O.B.», il publie un premier texte intitulé Le Salon saintais dans Le Phare des Charentes. Il passe ensuite les vacances dans la propriété familiale du Haget, occupée l'été par son oncle à Carresse, près de Salies-de-Béarn, puis au château de la Rafette, à Saint-Loubès, chez une de ses tantes, épouse Chaline, qui a trois filles.

En 1885, Paul-Jean Toulet embarque à Marseille pour l'île Maurice, où il arrive le 9 décembre. Il y reste jusqu'en 1888, logeant chez son père et menant une vie de dandy désœuvré. Il lit beaucoup, joue au baccarat, goûte à quelques drogue (opium, gandia,…) et a plusieurs liaisons. Il publie un article sur l'électricité dans le Journal de Maurice et compose des vers, dont quatre Sonnets exotiques.

En septembre 1888, il embarque sur un bateau à destination de Marseille mais fait étape à Suez d'où il prend un train pour Alexandrie. De là, il prend un autre bateau pour Marseille où il débarque fin novembre. Aussitôt, il réembarque à destination d'Alger où il arrive le 4 décembre.

Il séjourne à Alger jusqu'en novembre 1889, suivant des cours à la faculté de lettres. Dans les journaux locaux — Le Charivari oranais, La Vigie algérienne, La Revue algérienne,… — il publie sous divers pseudonymes des articles sur l'histoire de la Révolution française, des chroniques, des sonnets et des petites pièces de théâtre en un acte comme Madame Joseph Prudhomme qui est jouée au théâtre d'Alger.

De retour dans le Béarn en novembre 1889, Il s'installe d'abord chez des parents dans les Landes, puis au château de la Rafette. Entre les villes cosmopolites de Pau, Bayonne et Biarritz, il mène jusqu'en 1892 une vie aisée faite de loisirs, de lectures, de jeux, de liaisons amoureuses et d'écriture. Au printemps 1891, il effectue un voyage en Espagne.

En juillet 1892, Paul-Jean Toulet séjourne à Paris où, grâce à son ami Léon Barthou, il fait la connaissance de Charles Maurras et de Toulouse-Lautrec. Un nouvelle intitulée Un serf est publiée dans L'Art et la vie du 15 mars 1894.

En 1898, Paul-Jean Toulet s'installe à Paris, au 7, rue de Villersexel (7e arrondissement). Il partage un appartement avec Maurice Edmond Sailland, dit Curnonsky, René Princeteau, Robert de Montesquiou et Auguste d'Avezac de Castera. La La Revue blanche publie ses Entr'actes (épigrammes et élégies). L'éditeur (Georges) Henri Simonis Empis publie la même année son roman intitulé Monsieur du Paur, homme public, qui contient deux fausses lettres de Stendhal et dont le dernier chapitre, Carnet de M. du Paur, est un recueil d'aphorismes sur les femmes, les amis et les dieux.

Sa fortune s'épuise peu à peu. En compagnie de Curnonsky, le «prince des gastronomes», il mène une existence de noctambule boulevardier impénitent, fréquentant les bars et restaurants chics de la capitale: le Weber de la rue Royale, l'Élysée-Palace sur les Champs-Élysées, le Café de la Paix près de l'Opéra… Léon daudet le décrit en ces années-là: «On l'apercevait chez Weber, mince et moqueur, penché sur un verre de whisky and soda, avec un étincelant œil de biais, observant l'existence, tripotant sa barbiche, et crispant ses mains fines, comme s'il allait s'étirer. Nous l'aimions pour son horreur de la foule, des préjugés démocratiques, de la niaiserie diffuse et des gens importants. Il s'exprimait par phrases courtes, sèches, péremptoires, luisantes et qui coupent. Il a la réponse prompte et la dent dure», ajoutant, «Marcel Proust donnait sur les nerfs de Toulet qui, de son côté, l'agaçait.» Ils se ressemblaient. Ses amis se nomment Jacques Boulenger, Edmond Jaloux, Jean-Louis Vaudoyer, Émile Henriot, Henri de Régnier, Claude Debussy. Plus tard, Pierre-Olivier Walzer parlera de «bohême distinguée de la rive droite».

Paul-Jean Toulet écrit sous divers pseudonymes (Pierre Bénigne, Perdiccas, Maxy,…) dans La Vie parisienne. En octobre 1899, il publie avec Curnonsky, sous le pseudonyme de Perdiccas, un Bréviaire des courtisanes chez Simonis Empis. Le mois suivant, il séjourne à Londres où il rencontre le romancier Arthur Machen dont il traduit le roman fantastique Le Grand Dieu Pan, publié dans la revue La Plume. Toujours avec Curnonsky et sous le pseudonyme de Perdiccas, le Métier d'amant sort chez Simonis Empis en 1900. Il fréquente le salon le salon de Mme Bulteau (dite «Toche») au 149 avenue de Wagram. En 1901, il publie une série de chroniques dans le quotidien monarchiste Le Soleil.

Au printemps 1902, Imogène et Sylvère, ou les Dangers de la Capitale, signé «Maxy», paraît en feuilleton dans La Vie parisienne, avant d'être republié au Mercure de France en 1904 sous le titre de Les Tendres Ménages. La même année 1902, paraît Le Mariage de Don Quichotte chez Félix Juven. Il commence aussi à écrire pour Claude Debussy un livret inspiré du As you like it (Comme il vous plaîra) de William Shakespeare. De novembre 1902 à août 1903, il part avec Curnonsky pour un reportage sur l'exposition de Hanoï (Indochine française). Ils visitent entre autres Singapour, Saïgon, Ceylan, Hanoï, Manille, Hong-Kong, Canton, Colombo, Calcutta, Bénarès, Bombay. Toulet en rapporte d'amères notes de voyage. Quelques autres brefs voyages le mènent ensuite à Bruges, Aix la Chapelle, Avignon ou Dinard, mais toujours avec l'insistante nostalgie des Grands boulevards, de leurs journalistes, de leurs turfistes et de leurs jolies demi-mondaines.

En 1905, le roman Mon amie Nane sort au Mercure de France (après avoir été publié en feuilleton, de 1900 à 1905, dans La Vie parisienne, sous la signature de «Maxy»). En 1906-1907, Les Demoiselles La Mortagne est également publié en feuilleton dans La Vie parisienne (Le livre ne sortira qu'en 1923 aux éditions Le Divan).

En 1908, il collabore à L'Opinion et au Matin. À court d'argent, Paul-Jean Toulet, comme Curnonsky, Francis Carco, Roland Dorgelès et quelques autres, devient le «nègre» de Willy (Henry Gauthier-Villars, ex-mari de Colette). Il écrira notament pour lui La Tournée du petit duc (1908), Maugis en ménage (1910), Lélie, fumeuse d'opium (1911), L'Implacable Siska (1914), tous signés «Willy». Ces travaux de «nègre» sonnent pour lui comme un aveu d'échec littéraire et financier, malgré les nombreux articles et chroniques qu'il publie parallèlement dans de grands journaux et revues comme Le Soleil, Le Damier, La Vie parisienne, Le Matin, La Grande Revue, Les Guêpes,…

Douze poèmes, les Madrigaux, première série de contrerimes, sont publiés en juin 1910 dans La Grande Revue. Toulet rencontre Henri Martineau, directeur du Divan, qui publie en novembre neuf autres poèmes, Variations, dans sa revue. La Princesse de Colchide est publiée dans Le Témoin.

En 1911, il commence à donner régulièrement des critiques littéraires et artistiques à La Revue critique des idées et des livres. Quatre poèmes, Des mots, paraissent dans Les Marges, puis treize Guirlandes dans Les Guêpes, et enfin quarante-six Quatrains et distiques, de nouveau dans Les Marges.

En 1912, il publie six poèmes, Quelques vers, dans Les Guêpes, puis cinq autres poèmes, Béhanzigue voyage dans Les Marges.

En juillet 1912, Paul-Jean Toulet quitte définitivement Paris. Il s'installe chez sa sœur Jane au château de la Rafette à Saint-Loubès. Sa gloire littéraire commence réellement à poindre vers 1913. Quelques poètes dont Francis Carco, Tristan Derème, Jean-Marc Bernard, Jean Pellerin, Léon Vérane, le prennent pour chef de file. Plusieurs séries de nouveaux poèmes sont publiées: Tercets et contrerimes, Vers et prose, La Carte du Tendre, Sept Chansons de Paradis,… En 1914, un numéro de la revue Le Divan signé entre autres par Edmond Jaloux, Émile Henriot, Eugène Marsan, Jacques Boulenger, Henri Clouard, Jean-Marc Bernard, Jean Pellerin et Henri Martineau, lui est entièrement consacré. Six de ses nouveaux poèmes y figurent.

Au début de la première guerre mondiale, il postule au secrétariat aux armées mais sa demande est rejetée. Le 12 juin 1916, il épouse Marie Vergon, fille d'un restaurateur de Guéthary, au pays basque. Il raconte: «Ma famille, fatiguée de me soigner, m'a marié… Moi-même, malgré mon horreur des cérémonies, je n'aurais trop rien dit, si je n'eusse pas été si directement en cause, et si on ne m'avait, sous ce prétexte, fait lever à une de ces heures dont on ne voudrait même pas pour mourir.» Il s'installe à la villa Etcheberria de Guéthary et travaille à ses Contrerimes et au livret d'As you like it.

En 1918, il publie au Divan et aux éditions Georges Crès un recueil de contes et nouvelles intitulé Comme une fantaisie, contenant notamment L'Étrange Royaume (1903), Les Ombres chinoises (1907) et La Princesse de Colchide (1910). Il écrit deux biographies pour la Revue de Paris, l'une de Jules Boissière, l'autre de Claude Debussy. Quatrains et distiques, Contrerimes (dix-neuf poèmes) paraît dans L'Éventail en novembre 1918.

Il continue de collaborer toute l'année 1919 à L'Éventail, Le Gaulois, L'Opinion, Le Divan, Les Veillées du Lapin agile. Il reçoit les visites de Claude Debussy et de Paul Valéry à Guéthary. La Jeune Fille verte, roman, paraît au début de l'année suivante chez Émile-Paul frères.

Paul-Jean Toulet meurt à Guéthary le 6 septembre 1920, emporté par une hémorragie cérébrale à l'âge de 53 ans. Entouré de livres d'art et de catalogues de musées, il laisse un ultime poème, inachevé:
Ce n'est pas drôle de mourir
Et d'aimer tant de choses
La nuit bleue et les matins roses
Le verger plein de glaïeuls roses
L'amour prompt
Les fruits lents à mûrir…
Enfance, coeur léger.

En novembre 1920, Georges Crès publie les Contes de Béhanzigue, qui reprennent dix-huit contes publiés en revue de 1908 à 1918. C'est en février 1921, cinq mois après sa mort, que paraissent aux éditions du Divan et chez Émile-Paul frères Les Contrerimes. Ce recueil, unique dans l'histoire de la poésie française, assurera définitivement la gloire de l'auteur. Comptant quelque soixante-dix contrerimes proprement dites, quatorze chansons, douze dizains et cent neuf coples, il devait paraître initialement en 1913, puis en 1914, à la demande de ses amis poètes de l'École fantaisiste, mais la guerre l'en empêcha. D'autres oeuvres seront publiés à titre posthume par Henri Martineau aux éditions du Divan, dont notamment Les Trois Impostures (1922), Notes d'art (1924), Lettres à Madame Bulteau (1924), Lettres à soi-même (1927), Journal et voyages (1934) et Vers inédits (1936) qui prolonge Les Contrerimes.

Bernard Delvaille,
gmtime

Paul-Jean Toulet
  1. Paul-Jean Toulet Les Contrerimes
 
 

       
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Paris, jeudi 9 décembre 2021